De la création de l'haltéro-santé au record du monde : rencontre avec une visionnaire pour le versant santé de l'haltérophilie !

Encore aujourd'hui, l'haltérophilie souffre de préjugés qui limitent son développement et ne permettent donc pas de faire prendre conscience au commun des mortels de l'ensemble de ses vertus pour la santé. Placer haltérophilie et santé dans une même phrase peut effectivement paraître dingue à 1ère vue ! Pourtant l'haltérophilie pourrait être plus efficace que bons nombres de médicaments pour prévenir et même traiter tout un tas de problèmes de santé et en particulier les troubles liés au vieillissement. Il y a 12 ans une personne, une femme, une française a dépassé ces préjugés pour créer le concept d'haltéro-santé ! Partons à la rencontre de cette personne visionnaire, Madame Christine Bourge, afin de mieux saisir la subtilité et les bienfaits d'une haltérophilie adaptée pour la santé, l'haltéro-santé. 

Bonjour Christine, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions.

 

Dans un premier temps, pourriez-vous vous présenter (âge, club, palmarès, activités au sein de votre club…) ?

Je vais avoir bientôt 65 ans et j’ai commencé l’haltérophilie en 2002 au Cercle Michelet Orléans à 50 ans. Je suis toujours restée dans ce club depuis le début. Je suis championne de France 10 fois, 1 fois championne d’Europe en 2005 et 2 fois championne du Monde en 2006 et 2016, le tout en Master (NDLR : et recordwoman à l'épaulé-jeté dans sa catégorie) .

J’ai proposé (en 2004) un cours d’haltérophilie aux femmes de mon âge 2 ans après avoir commencé l’haltérophilie et j’ai intégré épisodiquement le conseil d’administration du CMOH au cours de ces années. Actuellement je suis trésorière du club.

 

Je suis au comité directeur de la Fédération d’Haltérophilie depuis mars 2013. En mars 2017 lors des prochaines élections, j’arrêterai cet engagement qui ne m’a pas permis de développer l’axe haltérophilie santé.

Pourquoi avoir choisi l’haltérophilie comme activité physique ? Comment êtes-vous arrivée à pratiquer cette discipline ?

Je n’étais pas du tout sportive étant jeune : aucune pratique en club et très peu de sport à l’école. Puis à 33 ans, après la naissance de 2 enfants, j’ai voulu commencé un peu de sport. Ayant peu de disponibilités, j’ai choisi la course à pieds qui permet une activité un tant soit peu intensive avec un minimum de contraintes logistiques. Et pendant 25 ans j’ai couru toute seule, jusqu’à faire plusieurs marathons. En complément, je pratiquais un peu de musculation en club. Puis en 2001 j’ai déménagé et je suis arrivée au CMOH pour continuer la musculation en lien avec ma pratique de course à pieds. Un an après mon adhésion au CMOH, à mon grand étonnement, l’entraineur d’haltérophilie du club de l’époque, me propose de faire une initiation. Je n’étais à l’époque pas très convaincue de la nécessité de cette initiation, mais j’ai malgré tout essayé étant assez curieuse de nature. Et là, au cours de cette initiation j’ai compris intuitivement tout ce que me promettait ce sport, à moi en tant que femme de 50 ans et tout ce que je pouvais transmettre à mes homologues. A partir de ce moment je me suis attachée obstinément à comprendre ce sport et à le ressentir.

 

Vous êtes donc précurseur dans l’utilisation de l’haltérophilie pour la santé. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de « l’haltéro-santé » : pourquoi et comment cette pratique a été mise en place et comment cette pratique a évolué depuis sa mise en place ?

C’est au moment où je fais une initiation à l’haltérophilie à 50 ans que je ressens tout ce que ce sport va m’apporter. Je m’étonne encore d’être en définitive la seule à imaginer une pratique de l’haltérophilie différente. Comme je suis à un âge où je ne pourrais jamais concurrencer les jeunes, dont les qualités physiques et neuronales sont intactes, je comprends que je peux développer autre chose. Je pense après coup que ce que je ressens à l’époque proviens aussi de ma pratique sportive antérieure. En effet, courir pendant 4h lors d’un marathon m’a obligée à être centrée constamment sur mes sensations (en terme d’énergie, de douleurs, de contractions musculaires, tendineuses, etc…) et a développé une sorte de sensibilité qui me permet de « sentir » ce que je ressens à ce moment-là. Je comprends que je peux développer une autre approche de l’haltérophilie. Après 2 ans de pratique je réalise également que les femmes ont peur de ce sport plutôt masculin, qui véhicule beaucoup de clichés négatifs. C’est la raison pour laquelle je propose en 2004 au comité directeur un cours 2 fois par semaine pendant 1h,  « haltérophilie sport santé, sport antivieillissement ». Le président de l’époque du CMOH (Daniel Cassiau), kiné ostéopathe et ancien haltérophile de haut niveau, me propose de le modifier en « cours de prévention de l’ostéoporose » et de participer à une étude avec l’IPROS d’Orléans (Institut de Recherche et de Prévention de l’Ostéoporose). Cette étude donnait la possibilité aux femmes participant au cours de bénéficier d’ostéodensitométries, et permettait de prouver scientifiquement que la pratique de l’haltérophilie maintenait voire améliorait la densité osseuse. Malheureusement l’étude n’ira pas jusqu’à son terme. Comme ma proposition de faire ce cours de manière bénévole n’engageait pas de frais pour le club, j’ai continué malgré tout, mais le cours n’a pas eu énormément de reconnaissance, cela pendant plusieurs années. En effet, les haltérophiles pratiquants étant des hommes jeunes principalement, ce cours est plutôt considéré comme gênant et peu utile, car les poids soulevés ne sont pas intéressants. Je n’ai donc bénéficié d’aucune aide et de très peu de conseils, mais comme je continue à m’entrainer, à faire des compétitions, je continue à me former en progressant sur plusieurs plans : dans ma pratique, dans le transfert de ma pratique auprès de mes élèves et grâce à leurs retours très positifs. C’est vrai que pendant plusieurs années, ce cours n’a été fréquenté que par 3 ou 4 pratiquantes, mais celles-ci étaient assidues. Elles me renvoyaient leurs sensations positives, leurs progrès, leur impression de force et de vitalité dans leur vie de tous les jours. Je ne me suis jamais découragée, malgré la fatigue due à mon activité professionnelle en parallèle, à mon entrainement et au peu de reconnaissance environnant car j’étais convaincue que j’ouvrais une voie différente et qu’il fallait le temps que ce concept murisse chez moi et chez les autres, et que j’acquière suffisamment d’expérience. Mes cours dénommés actuellement « haltéro santé »ne sont apparus dans le programme officiel du club à l’intention des adhérents, qu’en 2010  alors que les cours ont commencé en 2004, preuve que ce cours n’a continué que grâce à mon obstination et mon bénévolat sans faille.

Le cours s’est élargi aux hommes petit à petit. Ceux-ci ont été intéressés par mon cours pour des problèmes de dos principalement. Une 3ème heure par semaine a été développée par ma plus ancienne élève il y a 2 ans (NDLR : Nelly Tabordet, également médaillée plusieurs fois aux championnats de France et du Monde Master).

 

Pourriez-vous nous expliquer comment s’organisent les cours d’haltéro-santé et quelles sont les différences ou adaptations fondamentales par rapport à une séance d’haltérophilie compétitive ?

Les cours d’haltéro santé durent 1 h et commencent pas des échauffements de 5/10 mn et se terminent par 5/10 mn d’assouplissement ou de gainage au sol. La séance est composée d’exercices techniques ou semi-techniques tirés des mouvements de l’haltérophilie (l’arraché et l’épaulé jeté) à raison de 3 ou 4 mouvements par séance (suivant le temps consacré à chaque mouvement), avec des répétitions de 5 fois par 5 séries. Le principe est de soulever le plus lourd possible en fonction des capacités de la personne, avec en principe fondamental le bon geste haltérophile. La charge suffisante va permettre de sentir le geste, de renforcer l’ensemble du corps et de corriger les mauvaises postures, cette charge étant obligatoirement limitée par la réalisation du bon geste.

La différence entre une séance d’haltérophilie compétitive et une séance d’haltéro santé c’est que l’on va travailler très peu sur les maxis (uniquement avec des personnes ayant intégré les gestes de manière automatisée). De toute façon, la réalisation des gestes complets ne sera demandée qu’après plusieurs séances et avec l’accord de la personne. L’haltérophilie de compétition s’adresse principalement à des sportifs jeunes qui sont en pleine capacité de leurs moyens et qui vont réaliser les gestes sans se rendre compte de tout ce qu’il faut mettre en place physiquement et mentalement pour les réaliser. Ces qualités disparaissent petit à petit lors du vieillissement, elles s’amenuisent au fil des jours dans la vie courante avec comme seules manifestations, quelques raideurs, douleurs articulaires ou lombalgies… jusqu’à parfois le début d’un handicap qui empêche de marcher facilement ou de passer de la position accroupie à la position debout. C’est en faisant de l’haltéro santé qu’on va retrouver tout doucement une partie de toutes ces qualités physiques (souplesse, force, équilibre, proprioception, explosivité) pour avoir un meilleur maintien et une amélioration de l’activité générale. Le coach en cours haltéro santé devra tenir compte des difficultés et handicaps de chacun et être tout le temps attentif en rectifiant les positions et postures. Le principe reste le même : réaliser l’arraché et l’épaulé jeté à terme, mais moins lourd que pour les jeunes athlètes, en tenant compte des difficultés liées à ce type de public : les flexions par exemple seront moins basses, moins rapides, mais on pourra constater une amélioration des flexions quel que soit l’âge de début de l’activité. La majorité des séances sera à base de gestes techniques et de musculation haltérophile pour retrouver petit à petit les qualités physiques nécessaires à un bon maintien, une marche rapide, un dos droit et un corps musclé. L’intérêt de l’haltérophilie même pour ce type de public, c’est que les gestes procurent tout de suite des sensations. Le retour en sensation est immédiat, ce qui permet de travailler la proprioception et l’amélioration du geste. L’intention de se corriger est importante car même si la l’amélioration n’intervient pas immédiatement, le travail de correction se produit malgré tout. Ce sport ne permet pas l’a peu près et c’est cette exigence qui est constitutif de la qualité et de l’intérêt du concept. Les gestes réalisés exigent la bonne position du corps au bon moment, à la bonne vitesse avec la bonne tonicité et obligent à rectifier constamment sa position et ainsi corrigent petit à petit les mauvaises postures. Il permet par exemple de muscler les fixateurs d’omoplates, muscles très peu travaillés spécifiquement en cours collectifs ou en musculation et pourtant tellement utiles pour la posture et la santé de la colonne vertébrale. Et je ne parle pas de la souplesse de toutes les articulations que les gestes vont solliciter, de l’équilibre retrouvé lorsque la barre est maintenue au-dessus de la tête sur la pointe des pieds lors de la réalisation du jeté force par exemple.

Cependant l’idée de progression par l’augmentation de la charge restera toujours un objectif car cela permettra de juger de la progression et d’augmenter les bienfaits en termes de santé et de bien-être. Chaque personne notera sur une feuille les exercices réalisés, le nombre de répétitions et de séries et les charges utilisées à chaque cours et le coach donnera les exercices aux cours suivants en se basant sur la progression réalisée et à venir.

 

Qui peut pratiquer et à l’inverse ne devrait pas pratiquer ce type de cours ?

Tout le monde peut pratiquer l’haltéro santé puisque ce cours est basé sur l’haltérophilie adaptée en fonction des capacités de chacun. La complexité des gestes de l’haltérophilie permet une déclinaison très « fine » de chaque geste de l’arraché et de l’épaulé jeté. Suivant les handicaps, on pourra commencer uniquement par des gestes de musculation haltérophile (TBA, TBE, développé de jeté, squat etc…). En cas de problèmes de genoux comme l’arthrose, les gestes seront effectués debout, avec une légère réception en souplesse mais j’ai pu constater que les squats clavicules même en cas d’arthrose permettront de muscler les genoux et de diminuer la douleur. En cas de problème d’épaule et de coudes, souvent il s’agit de « dérouiller » les articulations, il faudra tester sur quelques gestes bien effectués et être très attentif aux retours de chaque personnes (douleurs ressenties, pendant combien de jours…). En cas de lombalgies, les gestes bien effectués aux cours de manière régulière permettent très rapidement de diminuer les raideurs et les douleurs. En cas de risque de fracture vertébrale à cause d’une ostéoporose importante : ne pas sauter, effectuer les gestes en puissance et en force uniquement permettra de travailler efficacement sans aucun risque.

 

Pour vous, quels bénéfices peuvent être attendus d’une pratique régulière d’haltéro-santé ? Y a t-il plus ou moins d’intérêts à pratiquer de l’haltérophilie par rapport à de la musculation conventionnelle sur machines ou avec poids libres avec des mouvements basiques ? Quelles seraient vos recommandations en termes de fréquence de pratique d’haltéro-santé pour bénéficier au mieux de cette pratique ?

Les bénéfices de la pratique régulière d’haltéro santé sont énormes avec une amélioration des gestes dans le quotidien. Je les ai découverts sur moi au fur et à mesure de ma pratique, et au fur et à mesure des cours avec le retour du ressenti des pratiquantes. Il s’agit en fait d’une récupération des qualités physiques perdues petit à petit en vieillissant :

-          Une musculation de l’ensemble du corps en toute sécurité, le feed back se faisant lors de chaque geste qui est régulièrement rectifié par le coach permet de progresser. L’ensemble du corps se remusclant avec impacts, le squelette va se renforcer.

-          Un travail de gainage et la sollicitation des muscles profonds.

-          Un travail de la souplesse de toutes les articulations du corps, notamment le bassin, les genoux et les chevilles, permettant un repositionnement de l’ensemble du corps, mais également les épaules, les coudes et les poignets.

-          Un travail de l’équilibre et de la proprioception : tous les gestes doivent être effectués dans le prolongement des segments du corps et la réception de la barre au-dessus de la tête oblige le sportif à gainer l’ensemble du corps et à maintenir le poids en équilibre.

-          Le travail spécifique de certains muscles comme les fixateurs d’omoplates qui vont ouvrir la cage thoracique, et renforcer le dos. De même en ce qui concerne les muscles érecteurs du rachis qui renforcés vont permettre un meilleur maintien.

-          La concentration nécessaire pour réaliser les gestes et ainsi être centré sur ses sensations oblige à être dans l’instant et procure une libération mentale

-          Le travail de saut, les impacts au sol vont muscler les mollets et améliorer la circulation des membres inférieurs.

-          Le gainage nécessaire à la réalisation des gestes va permettre de muscler les abdominaux, les fessiers ainsi que les muscles de la stature.

-          Ce que j’ai pu constater également c’est l’affinement de la silhouette. 2 heures par semaine de cours haltéro santé vont permettre assez rapidement de se muscler et permettre un remodelage du corps. Les gestes en extension (tirage) complétés par le gainage lors de la réception de la barre à la fin du mouvement solliciteront les muscles du tronc. Si l’on garde son poids d’origine, le fait de se muscler, de se gainer va donner une impression d’amincissement et modifier la silhouette.

-          En ce qui me concerne j’ai constaté au bout de quelques années de pratique une résistance à la fatigue et une meilleure récupération quand je suis fatiguée, due entre autre à l’utilisation de la force explosive : gestes plus rapides et plus de muscles permettent de diminuer les efforts de la vie courante.

L’intérêt de pratiquer l’haltérophilie par rapport à la musculation est multiple : la différence essentielle entre les deux c’est qu’en haltérophilie, on saute avec un poids et l’énergie transférée à la barre par le saut oblige l’athlète à développer des qualités beaucoup plus complexes que celles utilisées en musculation. Ces qualités physiques sont beaucoup plus intéressantes en termes de santé.  En musculation on ne travaillera principalement sur la force (NDLR : sous entendant que la force est loin d’être seule qualité requise en haltérophilie compte tenu de la complexité des mouvements, qui sont pluri-articulaires, réalisés en pleine amplitude aussi bien sur les membres inférieurs que supérieurs alors que les exercices de musculation sollicitent bien souvent une ou deux articulations en ciblant un groupe musculaire avec une amplitude parfois incomplète donc avec une exigence technique moindre).

L’acquisition de la technique haltérophile sera limitée par l’âge, ce qui limitera d’autant les charges soulevées et limitera les risques de blessures. Le cerveau envoie des messages de prudence dès que les charges augmentent jusqu’à empêcher carrément la réalisation du geste. De plus, les exercices étant symétriques, avec un retour constant de la sensation : il y a très peu de risque de se blesser en cours avec coach, alors que se muscler sur machine ou avec des haltères sur des exercices simples ne sollicitera qu’une partie du corps avec risque de charger trop, d’utiliser une autre partie du corps de manière inappropriée et de se blesser. La musculation procure très peu de sensations, en haltérophilie la sensation est la base de la pratique : geste bien effectué = bonne sensation.

 

Deux séances d’haltéro santé d’1h par semaine constituent l’idéal. Néanmoins 1h par semaine permettra tout doucement d’acquérir les techniques et de progresser.

A l’inverse, et forte de vos 12 années d’expérience, pouvez-vous nous indiquer, s’il existe des risques liés à une telle pratique chez la personne vieillissante ? Avez-vous par exemple été confrontée à des blessures ou accidents au cours des séances ?

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas de risque car même si on parle de muscler l’ensemble du corps, l’utilisation de la  technique haltérophile va limiter l’utilisation de la force de manière inappropriée (par exemple utilisation des bras au détriment du dos). Les risques concernent essentiellement les jeunes hommes très musclés qui vont forcer en cambrant le dos par exemple. Pour une personne vieillissante, sa force sans la technique ne permettra tout simplement pas le geste s’il n’est pas bien exécuté. Aussi, ce cours devra toujours être effectué par un coach haltérophile pour acquérir les bons gestes et ainsi que ce soit agréable, il faut également que le coach soit attentif aux difficultés de chaque personne, et qu’il apporte une correction et des conseils constants.

Au cours des 12 années pendant lesquelles j’ai effectué ce cours, je n’ai constaté aucune blessure. Les personnes venaient parfois avec une blessure faite chez elle ou suite à une chute, et les exercices que je programmais tenaient compte de ces blessures ou douleurs  mais n’empêchait presque jamais l’entrainement lorsqu’elles n’étaient pas invalidantes et avec l’accord de la personne.

 

Par ailleurs, les gestes étant effectués en apnée vu la rapidité d’exécution et la nécessité de gainage, on pourrait penser qu’il y aura risque d’élévation de la tension. Ce risque semble être négligeable car les répétitions sont sous le contrôle et le ressenti de l’exécutant qui s’arrête dès qu’il le souhaite. De plus, les charges, même si elles sont au maximum de ce que peut exécuter la personne, seront toujours limitées par le bon geste. Je n’ai constaté en 12 ans aucun malaise.

A l’heure actuelle, l’haltéro-santé est en majorité pratiquée par des personnes vieillissantes. Comment voyez-vous l’évolution de cette pratique d’haltéro-santé au regard de l’évolution de notre mode de vie ?

Si l’haltéro santé est pratiquée en majorité par des personnes vieillissantes, des femmes et hommes plus jeunes sont intéressés s’ils ont des problèmes de dos et pour affiner et gainer leur silhouette. Plus les personnes sont jeunes plus l’apprentissage sera aisé et l’évolution rapide, mais il faudra garder, contrairement à l’haltérophilie classique, le bon geste toujours en référence, avant le poids maximum soulevé.

 

La durée de vie en France augmentant, la question qui est posée maintenant est : comment rester en bonne santé et garder son autonomie au cours de ces années gagnées. Ce cours répond complètement à la question et est complètement adapté à la nouvelle exigence des séniors de plus en plus nombreux qui souhaitent garder une qualité de vie le plus longtemps possible. Et je ne parle pas des économies de sécurité sociale que l’on pourrait obtenir. En effet, L’haltéro santé permet de récupérer les qualités physiques que l’on perd en vieillissant, et à terme empêche les déficiences qui petit à petit vont devenir invalidantes en fin de vie. C’est bien la raison pour laquelle j’avais dénommé mon cours en 2004 « haltérophilie sport santé, sport anti vieillissement »

Pour vous, quels sont les freins et limites au développement de cette pratique ? Quels seraient les moyens de lever ces freins ?

Les freins principaux sont les images que véhicule l’haltérophilie dans l’inconscient collectif d’une part, et les haltérophiles eux-mêmes qui n’ont pas pris conscience du potentiel de leur sport en matière de santé, d’autre part.Les images véhiculées sont très négatives et complètement à l’inverse de son utilité :

-soulever des poids lourds  va abimer le dos : FAUX, c’est le contraire, ce sont les mouvements de la manutention qui sont la base de l’haltérophilie ou comment soulever lourd sans se faire mal et dans la bonne position.

-Je vais devenir très musclé et très gros (surtout pour les femmes) : FAUX. Pour se muscler il faut faire de la musculation ou du culturisme et en faire beaucoup. L’haltérophilie est un sport de force explosive, les muscles ne vont jamais être hypertrophiés.

-Ce sport n’a aucun intérêt, il suffit de soulever des poids mais je n’en vois pas l’intérêt : FAUX, ce sport demande tellement de qualités physiques, de concentration et de technique qu’il procure très rapidement beaucoup de sensations.

-Je ne veux pas soulever lourd car je vais me faire mal, images véhiculées par les médias centrés sur les haltérophiles les plus lourds, internationaux, ce qui ne correspond pas du tout au concept développé et est réservé à des élites jeunes et s’entrainant énormément : FAUX il faut soulever des poids suffisamment lourds avec les bons gestes (ce que permet l’haltérophilie) afin que le corps s’adapte et se muscle permettant de réaliser les gestes de la vie quotidienne sans douleurs et avec facilité.

 

Les haltérophiles eux-mêmes, car Il faut se souvenir qu’à la base ce sport est un sport de force uniquement masculin. Les haltérophiles compétiteurs sont pour la majorité centrés sur leur recherche de soulever le plus lourd possible. Comme la plupart des sports de compétition de haut niveau, ce sera souvent au détriment de leur intégrité physique. De plus la fédération d’Haltérophilie et de Musculation (FFHM), affaiblie par la séparation de la Force Athlétique et du Culturisme en 2016, a gardé la musculation. Aussi sa préoccupation a été le développement de la musculation pour conserver le maximum d’adhérents. Ma présence au comité directeur de la Fédération pendant 4 ans m’a permis de constater que pour l’instant l’haltérophilie santé, comme concept innovant, n’y a pas encore sa place.

Enfin, pouvez-vous imaginer l’haltéro-santé dans 10 ans ? Quelle serait sa place au sein des clubs d’haltérophilie ? Quelle serait sa place au sein de l’offre de « sport-santé » en France ? Comment imagineriez-vous les cours concrètement sur le terrain (contenus d’entraînement, déroulement des séances, publics des cours, personnes « aptes » à intervenir…) ?

J’ai un peu de mal à imaginer l’haltéro santé dans 10 ans. Je sais qu’en ce qui me concerne je continuerai l’haltérophilie très longtemps car j’ai acquis des connaissances qui me permettront d’adapter mon activité en fonction de mon âge et de la diminution de mes capacités. Quelques clubs de la région semblent intéressés par le concept mais il faut trouver quelqu’un qui veuille bien effectuer le cours bénévolement car se pose toujours la question du financement. La loi du 26 janvier 2016 sur la modernisation du système de santé, permettra peut-être de remédier à ce problème. La fédération a été un moment intéressée par le concept mais comme je l’ai dit précédemment elle a choisi de développer la musculation sur le thème de la santé (NDLR : d’ailleurs à notre connaissance, à l’heure actuelle, l’haltéro-santé n’apparait pas dans le Médico-Sport, ouvrage de référence en matière de sport-santé, aidant à la prescription médicale de l’activité physique. Quel dommage…)
En France on développe le sport pour les jeunes, on s’occupera des personnes âgées lorsqu’elles seront dépendantes et ce sera plutôt du domaine médical. Cependant, peu de choses sont prévues pour anticiper avant d’entrer dans le circuit médical. Je vois l’haltéro santé un peu comme le « chainon manquant » entre le sport pour les jeunes et les personnes dépendantes, pour éviter justement la dépendance. Je pense même que c’est un défi de société, mais là c’est une autre histoire…
Ce que je souhaiterai c’est que ce concept se développe, forcément, mais si c’est le cas, qu’il ne se transforme pas en un cours classique de renforcement ou de gymnastique volontaire. C’est un concept complètement différent et à mon avis bien plus complet et intéressant. L’intervenant devra obligatoirement être un haltérophile. Par contre, un homme jeune aura du mal à comprendre les difficultés inhérentes à ce public et pourra même être frustré par la lenteur de la progression par rapport à un public jeune, l’idéal étant une femme pas trop jeune et bien sûr haltérophile. Les exercices demandés devront être expliqués et rapportés au geste (arraché ou épaulé jeté) dans son entier. Par exemple le geste de tirage d’épaulé c’est le début de l’épaulé et de montrer le geste complètement. C’est un public qui ne pourra pas spontanément sentir le geste et qui a besoin de comprendre le pourquoi et le sens de l’exercice demandé. Il faudra donc toujours expliquer la sensation qui doit être recherchée et ce que cela va apporter en terme de renforcement, gainage, souplesse ou autre. 

Olympicweightlifting.net vous remercie d'avoir accordé de votre temps pour répondre à ces questions. Nous vous adressons notre plus profond respect et sincères félicitations pour ce travail de longue haleine, qui casse véritablement les codes habituellement attachés à l'haltérophilie. Nous espérons que votre concept s'étendra rapidement en France et bien au delà afin d'améliorer la qualité de vie des personnes qui comme vous il y a 12 ans, seront faire preuve d'une ouverture esprit remarquable !

Encore merci et vive l'haltéro-santé !! 

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