Haltérophilie : danger, blessures ? Réponse par la science


Les blessures en haltérophilie sont plus médiatiques que la discipline elle-même. Autrement dit les médias ont plus tendance à montrer des images d'haltérophilie pour mettre en avant des blessures impressionnantes que pour montrer des performances. Et oui, le sensationnel fait vendre ! 

Ainsi beaucoup de personnes sont réticentes à l'idée de pratiquer l'haltérophilie, des médecins sont réticents à autoriser leur patients à pratiquer et peu de médecins ont au contraire à l'esprit l'idée de prescrire cette pratique comme une pratique de santé ! Des préjugés liés à la dangerosité de l'haltérophilie sont communément véhiculés par le commun des mortels : "l'haltérophilie fait mal au dos, aux genoux..." "On risque de se faire tomber la barre sur la tête ou sur les pieds". J'en passe et des meilleurs... Le grand public a ainsi la perception d'un taux de blessures très élevé et ainsi une désinformation quant aux types de blessures les plus fréquentes en haltérophilie est véhiculée.  Les blessures que nous montrent les médias à la TV sont évidemment des blessures qui apparaissent dans des conditions de compétition. Il faut ainsi remettre les choses dans leur contexte. En effet, lors les compétitions internationales les athlètes réalisent des barres à charges maximales et souvent tentent de battre leur record. C'est sur ces compétitions que les athlètes jouent une grande partie de leur rémunération financière dans un sport franchement peu rémunérateur par rapport aux heures d'entraînement. Rares sont les pays où il existe des haltérophiles professionnels. Il est donc légitime que des athlètes se battent sous des barres qu'ils ne maîtrisent pas pour finalement espérer gagner leur vie... Alors qu'ils auraient probablement lâché des barres non maîtrisées à l'entraînement. Enfin, le contexte compétitif est par nature générateur de stress, donc d'avantage favorable à l'apparition d'une blessure. La compétition est certes l’aboutissement de l'entraînement, mais elle ne représente finalement qu'une infime partie du temps de pratique d'haltérophilie d'un haltérophile.


Qu'en est-il alors réellement des blessures en haltérophilie ? Autrement dit : est-ce dangereux de pratiquer l'haltérophilie ?

 

Nous allons donc nous appuyer sur une étude scientifique parue en 1999. L'étude a été réalisée chez des haltérophiles de haut niveau du centre national d'entraînement olympique aux Etats-Unis (l'INSEP américain), sur des athlètes s'entraînant quotidiennement à une intensité relativement élevée. L'étude s'est étendue sur une durée de 6 ans et a inclus 27 haltérophiles de niveau international. Quoi de mieux que ce "modèle extrême" de sujets confrontés de manière intense et quotidienne à la pratique de l'haltérophilie pour se faire une idée de la réelle dangerosité de ce sport.  

Le staff médical a ainsi relevé l'ensemble des blessures des athlètes du centre d'entraînement sur cette période de 6 ans. Les paramètres mesurés sont le type de blessures, la classe des blessures ("aiguës", "chroniques", "récurrentes" ou une "liées à complication"), la localisation de la blessure, la durée d'indisponibilité occasionnée par la blessure et enfin le taux de blessure (exprimé en nombre de blessures/1000 heures d'entraînement). Une blessure aiguë est définie comme une blessure à apparition rapide due à un épisode traumatique, mais avec une courte durée. Une blessure chronique est définie comme une blessure à apparition lente mais de longue durée. Une récidive fait référence à la réapparition d'une blessure suite à la récupération d'une blessure antérieure. Enfin une complication fait référence à une blessure qui arrive à cause d'une blessure pré-existante. 

En 6 ans, un total de 560 cas ont été relevés. Le tableau ci-dessous montre que le bas du dos est la région la plus touchée (région de la 1ère à la 5ème lombaires) soit 23,1% des blessures suivi des genoux (19,1%) et des épaules (17,7%). Concernant le type de blessure, il apparaît que les blessures d'ordres musculaires arrivent en premier lieu (44,8% des cas) suivi des tendinites (24,1%) et des entorses (13%). Ainsi les blessures les plus fréquentes sont les blessures musculaires au niveau du dos et des épaules ainsi que les tendinites aux genoux. 


Si nous stoppions l'analyse à ce niveau, nous irions dans le sens de la pensée populaire, à savoir que l'haltérophilie est dangereuse pour le dos et les genoux. Regardons ainsi de plus près la classe de ces blessures et la durée d'indisponibilité qu'elles occasionnent afin de pouvoir juger  de la dangerosité réelle de cette discipline. Le tableau ci-dessous montre que la plupart des blessures sont décrites comme être de nature aiguë pour le dos et les épaules et de nature chronique pour les genoux. Ainsi les blessures de nature aiguë ou chronique surviennent significativement plus souvent que des blessures liées à des complications ou à des récidives. Notons que 90,8% des blessures totales occasionnent moins d'un jour d'arrêt de l'entraînement. Pour être plus précis, 87,3% des blessures au niveau du dos, 95,3% des blessures aux genoux et 91,9% des blessures aux épaules occasionnent moins d'un jour d'arrêt de l'entraînement. Notons également qu'aucune blessure au niveau du dos n'a occasionné un arrêt de l'entraînement supérieur à 1 semaine. Enfin, le taux de blessure s'élevant seulement à 3,3 blessures pour 1000 heures d'entraînement est également révélateur de la non dangerosité de l'haltérophilie. 

Ainsi, si le nombre de blessures (560 en 6 ans) peut paraître élevé pour certaines personnes novices dans le domaine du sport, on s’aperçoit rapidement que ces blessures sont pour la très grande majorité des cas non graves. Ces blessures sont principalement occasionnées par un excès d'utilisation de la région concernée de part le volume et l'intensité d'entraînement réalisés à haut niveau. Ainsi nous pouvons penser que la pratique de l'haltérophilie à un niveau inférieur, et encore d'avantage dans le cadre d'une préparation physique ou d'une pratique de santé présenterait des données encore plus rassurantes à l'égard de la sécurité de cette pratique.


Applications pratiques : 

L'identification des blessures, le mécanisme d'apparition, la prévalence et le taux de blessures en haltérophilie sont des informations importantes pour les entraîneurs d'haltérophilie et les haltérophiles eux-mêmes. De telles informations aideront les entraîneurs a prévenir l'apparition de ces blessures par un ajustement du processus d'entraînement et la mise en place d'exercices à visée prophylactique. Il revient ainsi à l'entraîneur de contrôler l'apparition de douleurs au niveau des régions sensibles évoqués plus haut afin d'anticiper sur l'apparition de blessures en ajustant le volume et les contenus d'entraînement.  Nous pouvons également recommander dans le cadre de la prévention des blessures au niveau des épaules de pratiquer des exercices de proprioception (exercice avec déstabilisation/restabilisation), de renforcer les rotateurs par des exercices spécifiques ainsi que des exercices de mobilité. Nous reviendrons en détail sur ces moyens de prévention dans un prochain article.

Enfin, aussi bien dans le cadre de la préparation physique que de l'apprentissage technique de l'haltérophile ou dans la pratique de l'haltéro-santé, il convient d'éduquer le pratiquant à lâcher la barre devant et derrière afin qu'il soit préparer à réagir de la sorte en cas de non maîtrise du mouvement. Cela permettra d'éviter d'exercer des contraintes préjudiciables à l'intégrité des épaules. De même, la bonne maîtrise technique des mouvements dans le cadre de ces pratiques est selon moi la pierre angulaire de la prévention des blessures.  


Les données issues de cette étude scientifique nous montre que l'haltérophilie, même pratiquée à haute fréquence et haute intensité est sport relativement sûr de nos jours. Beaucoup de personnes craignent de pratiquer l'haltérophilie par peur d'avoir mal au dos. Notons que dans l'étude que nous venons de présenter, aucun cas de spondylolyse n'a été relevé en 6 ans dans ce groupe d'haltérophiles alors que 3 à 7% de la population générale et jusqu'à 20% des sportifs dans des disciplines comme la danse en souffrent. L'haltérophilie telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui pourrait ainsi être bénéfique pour le dos contrairement à ce qui est véhiculé par la pensée générale. Nous pouvons cependant expliquer la mauvaise réputation de l'haltérophilie pour la santé du dos par le mouvement de "développé" ("pressing motion") qui était pratiqué en compétition jusqu'en 1972 puis abandonné par la suite. Durant l'exécution de ce mouvement (voir photo ci-dessous) l'athlète adoptait une posture extrêmement lordotique et qui plus est, avec des charges très élevées. Il a été évoqué que cette extrême lordose induite par le mouvement était responsable de graves problèmes de dos (spondylolyse et spondylolisthésis) relevés à cette époque. L'arraché, l'épaulé et le jeté tels qu'ils sont couramment exécutés de nos jours n'occasionnent pas d'hyperlordose et permettent de pratiquer l'haltérophilie sans crainte pour la santé de notre dos.  

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Commentaires: 1
  • #1

    pom (mercredi, 22 novembre 2017 11:40)

    560 blessures pour 27 athlètes soit en moyenne 21 blessures par haltérophile. Et ce n'est parce que l'arrêt est de un jour que la blessure est soignée et qu'il n'y a pas de séquelle.